• December 4, 2023

Christine PAPIN

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Christine PAPIN

1911-1937

Criminelle
Sépulture commune

Christine Papin et sa soeur Léa, employées de maison discrètes au service d’une famille bourgeoise du Mans, sont tristement célèbres pour avoir assassiné leurs patronnes le 2 février 1933. Cette affaire judiciaire interpellera la France entière et deviendra le sujet de nombreux ouvrages, films, romans, à l’instar de « La Cérémonie » de Claude Chabrol. Christine, l’ainée des soeurs, est inhumée dans la sépulture commune du Cimetière de l’Est de Rennes.

Christine Papin est la deuxième enfant d’une famille désunie ; elle nait le 8 mars 1905 et sera confiée à sa tante dès sa naissance, jusque ses cinq ans. À l’automne 1910, les Papin s’installent au Mans. Léa, la dernière, y nait en 1911. Les parents divorcent peu après. Mais les filles sont une charge pour leur mère, qui décide de  placer Emilia et Christine, les ainées  à l’orphelinat du Bon Pasteur où  elles  suivent une éducation religieuse.

Plus tard, Christine entre au service de plusieurs maisons, comme « bonne » chargée de faire la cuisine et le  ménage. Elle est travailleuse, on dit qu’elle est discrète et polie. Au Printemps 1926, elle trouve du travail chez les Lancelin, au 6 rue de Bruyère au Mans, et y fait venir sa petite soeur Léa pour travailler avec elle. Monsieur Lancelin est un notable local, qui a été  impliqué dans un scandale financier mêlant toute la bourgeoisie du Mans. Madame Lancelin est exigeante pour l’entretien de sa maison, mais tout semble bien se passer. Les soeurs Papin ont droit à du temps libre et leurs gages sont très corrects. Lors de la création des premières assurances sociales, Monsieur Lancelin fait en sorte qu’elles en soient dotées. Les jeunes filles sortent peu,  vont seulement à la messe le dimanche matin et ne dépensent pas, elles ne fréquentent personne et sont inséparables.

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Pourtant, malgré un calme apparent au 6 rue de Bruyère, tout bascule le 2 février 1933.

Monsieur et Madame Lancelin ainsi que leur fille Geneviève, sont sortis. Christine et Léa Papin sont seules à la maison. En  fin d’après-midi, alors qu’ils sont invités à diner le soir, Madame et Mademoiselle Lancelin décident de repasser par leur domicile. Monsieur Lancelin les attend. Il finit par revenir chez lui les chercher, vers 19h, mais trouve la porte fermée de l’intérieur. Il tambourine mais personne ne répond. Inquiet, il se rend à la gendarmerie. Trois agents l’accompagnent. Deux parviennent à rentrer par la porte de la cour arrière. La maison est plongée dans le noir et le silence. Ils inspectent le rez-de-chaussée à la lampe torche, ne voient rien, et montent à l’étage. Dans l’escalier, ils découvrent un oeil humain. Sur le pallier, ils tombent sur deux cadavres, ceux de Léonie et Geneviève Lancelin. Les corps sont lacérés de coups de couteau, les visages ravagés, ils constatent des entailles profondes des mollets jusqu’au fessier, les dents et les yeux ont été arrachés. Les deux femmes couvertes de sang ont la jupe relevée et les sous-vêtements baissés. Elles sont entourées de fragments d’os et de dents, et on découvre également un couteau de cuisine, ainsi qu’un pot d’étain massif.

Les gendarmes parviennent à la chambre des bonnes, également fermée de l’intérieur. On ouvre la porte. Tous découvrent les soeurs Papin vivantes, allongées dans le même lit, en peignoir, avec sur un tabouret un marteau dégoulinant de sang. L’une d’elle leur lance : « On vous attendait ». On leur demande ce qu’elles ont fait de leurs maitresses, Christine répond : « Elles ont voulu me frapper alors je me suis vengée. C’était nous ou elles. J’aime mieux avoir eu la peau des patronnes que de leur avoir laissé la nôtre ». Léa, plus fragile, approuve sans explication les dires de sa soeur.

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Christine avoue alors le double-meurtre, comme un acte presque banal. Les soeurs sont emmenées au poste, où elles sont interrogées. Christine explique que dans l’après-midi, un court-circuit a été provoqué par un fer à repasser défaillant, et qu’elle n’a pu faire son travail. Madame Lancelin en le découvrant aurait été furieuse et une bagarre s’en est suivie, jusqu’à ce que Christine, puis Léa, massacrent leurs maitresses. Puis les deux soeurs se sont lavées puis sont allées se coucher. Christine termine son interrogatoire par : « Je n’ai aucun regret. Je n’ai pas prémédité mon crime, je n’avais pas de haine envers elles mais je n’admets pas le geste qu’elle a eu ce soir à mon égard ». Cette version est confirmée par Léa : « Tout ce qu’a dit ma soeur est exact. Les crimes se sont passés exactement comme elle vous les a narrés (…). J’ai frappé autant qu’elle, comme elle. Nous n’avions pas prémédité le crime des patronnes, l’idée nous en est venue instantanément quand nous avons entendu que Mme Lancelin nous faisait des reproches ».

L’enquête se poursuit les jours et les mois qui suivent, les soeurs ont avoué les crimes, mais personne ne les comprend ! La presse, locale et nationale, s’empare de l’affaire, les journalistes parisiens viennent au Mans pour suivre l’enquête, l’enterrement de Mme et Melle Lancelin, et le procès qui suivra six mois plus tard. Toutes les suppositions passent : on prétend une relation incestueuse entre les deux soeurs, ou une liaison avec leur patron, on parle aussi d’un crime social, de la révolte, de la misère et de l’exploitation (thèse soutenue par Simone de Beauvoir).

Christine Papin vit très mal son incarcération. Ses codétenues rapportent plusieurs crises de démence. En juillet 1933, elle revient sur sa déclaration : « Quand j’ai attaqué Mme Lancelin, elle ne m’avait pas provoqué. J’ai été prise d’une crise de nerfs et je me suis précipitée sur elle sans qu’elle ne  s’y attende ». Léa confirme cette version.

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Le procès se déroule le 29 septembre 1933. Il est expéditif. La foule est nombreuse, les journalistes aussi, pour relater cette histoire qui déchaine l’opinion publique. Christine et Léa Papin ont les yeux baissés, elles murmurent pour répondre aux questions. La thèse de la folie de Christine est passée au crible avec plusieurs psychiatres appelés à la barre. La sentence tombe : Christine Papin est condamnée à la peine de mort, Léa a 10 ans de travaux forcés.

Christine ne supporte pas la sentence, elle se laisse mourir de faim dans sa cellule. Très affaiblie, elle refuse même de signer son recours en grâce. En janvier 1934, le Président de la République commue sa peine de mort en travaux forcés à perpétuité, et deux jours plus tard, elle est transférée à la prison de Rennes, où le médecin demande un examen psychiatrique d’urgence, son état mental devenant alarmant.  Le 25 mai 1934 elle est admise à la cellule psychiatrique de Saint Méen, où elle refuse toujours de s’alimenter. Elle meurt en 1937 d’une attaque pulmonaire consécutive à sa malnutrition.

Léa, elle, s’est adaptée à la prison où elle travaille dans un atelier. Elle sort en 1943, s’installe à Nantes avec sa mère, et décède en 2001 à l’âge de 89 ans.

Depuis plus de 80 ans, le crime des soeurs Papin inspire des travaux de psychanalyse comme ceux de Jacques Lacan, des romans, des films… On retient surtout La Cérémonie, de Claude Chabrol et Les Blessures Assassines de Jean-Pierre Denis.

Source: https://cimetieres.rennes.fr/accueil/patrimoine/cimetieres_rennais/12_645/christine_papin

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